

Quand j’imagine l’avenir de l’intelligence artificielle, ce ne sont pas les machines les plus performantes qui m’intéressent le plus.
Ce n’est pas non plus la possibilité de produire deux fois plus de contenus, de traiter davantage de dossiers ou de remplir encore davantage nos journées.
Bien sûr, certains progrès pourront nous aider. Certaines tâches répétitives pourront devenir plus simples. Des informations pourront être synthétisées plus rapidement. Une partie de ce qui occupe aujourd’hui notre attention pourra peut-être être automatisée.
Mais si tout le temps ainsi gagné sert uniquement à travailler davantage, quelque chose me semble manquer.
Nous aurons gagné en efficacité.
Pas nécessairement en qualité de vie.
Le futur auquel j’ai envie de contribuer n’est pas celui où l’être humain devient capable d’en faire toujours plus. C’est celui où il retrouve davantage de liberté pour choisir ce qui mérite réellement son temps.
Et derrière cette idée se cache quelque chose de très simple.
J’aimerais que nous ayons davantage de temps pour vivre.
Pour aller plus loin
J’imagine un parent qui termine certaines tâches plus rapidement et peut aller chercher son enfant sans regarder constamment l’heure.
Une personne indépendante qui n’a plus besoin de sacrifier systématiquement ses soirées pour gérer tout ce qui entoure son métier.
Un·e salarié·e qui rentre chez lui ou chez elle avec encore suffisamment d’énergie mentale pour écouter réellement la personne qui partage sa vie.
Une personne hypersensible qui dispose enfin d’un espace pour récupérer après une journée émotionnellement intense, plutôt que de devoir continuer jusqu’à l’épuisement.
J’imagine aussi des choses beaucoup moins spectaculaires.
Préparer tranquillement un repas.
Téléphoner à ses parents.
Lire quelques pages.
Faire une promenade sans objectif.
Écouter son enfant raconter pendant dix minutes quelque chose qui pourrait sembler insignifiant à un adulte, mais qui représente tout son monde à cet instant.
Peut-être que certaines des heures les plus importantes de notre existence ne produiront jamais rien de mesurable.
Pour aller plus loin
Nous sommes aujourd’hui extraordinairement connecté·es.
Et pourtant, il est possible de passer une journée entière entouré·e de personnes sans avoir vécu une véritable rencontre.
Nous répondons rapidement.
Nous regardons nos notifications pendant une conversation.
Nous pensons à la tâche suivante pendant que quelqu’un nous raconte sa journée.
Ce n’est pas nécessairement un manque d’amour ou d’intérêt.
Nous sommes parfois simplement saturé·es.
Lorsque ton esprit doit retenir ce qu’il reste à faire, anticiper demain, gérer plusieurs sollicitations et absorber les émotions qui circulent autour de toi, être réellement présent·e demande une énergie considérable.
Alors j’aimerais que la technologie nous aide aussi ici.
Pas en créant des relations à notre place.
En nous redonnant une partie de la disponibilité nécessaire pour les vivre.
Car aucune intelligence artificielle ne pourra vivre exactement à ta place ce moment où quelqu’un que tu aimes te confie quelque chose qu’il n’avait jamais osé dire.
Elle ne pourra pas ressentir ton histoire à ta place.
Elle ne pourra pas décider de ce qui compte profondément pour toi.
Plus nos outils deviendront puissants, plus j’aimerais que nous devenions attentif·ves à ce qui reste profondément humain : écouter, ressentir, comprendre, choisir et prendre soin de nos relations.
Pour aller plus loin
Il existe une relation dont nous parlons parfois moins.
Celle que nous entretenons avec nous-mêmes.
Lorsque toute une vie est remplie d’obligations, il devient difficile d’entendre ce qui se passe à l’intérieur.
Tu peux continuer à avancer pendant longtemps sans te demander si ce que tu construis te ressemble encore.
Tu peux être efficace tout en étant épuisé·e.
Tu peux réussir extérieurement et ne plus vraiment savoir ce qui te procure de la joie.
Tu peux répondre aux besoins de beaucoup de personnes tout en ayant perdu l’habitude d’écouter les tiens.
C’est aussi pour cela que le temps libéré m’intéresse.
Parce qu’il pourrait devenir un espace de connaissance de soi.
Pas nécessairement pour entreprendre un immense travail de développement personnel.
Parfois, simplement pour pouvoir se demander : Comment je vais, réellement ?
Qu’est-ce qui me fatigue ?
Qu’est-ce qui me nourrit ?
Qu’est-ce que je continue à accepter alors que cela ne me convient plus ?
Qu’est-ce que j’aimerais retrouver dans ma vie ?
Ces questions demandent rarement davantage d’informations.
Elles demandent surtout de la disponibilité intérieure.
Nous avons longtemps associé le progrès à notre capacité à aller plus vite.
Produire plus.
Transporter plus vite.
Communiquer plus vite.
Calculer plus vite.
Décider plus vite.
L’intelligence artificielle poursuit en partie cette histoire.
Mais peut-être pouvons-nous aussi commencer à poser une autre question : Qu’allons-nous faire humainement de toute cette puissance ?
J’aimerais que nous apprenions progressivement à mesurer le progrès autrement.
Par notre capacité à préserver notre santé émotionnelle.
Par le temps que nous pouvons consacrer aux personnes importantes.
Par la possibilité de travailler sans faire du travail la totalité de notre identité.
Par notre capacité à accompagner nos enfants, nos proches ou les personnes plus vulnérables.
Par la liberté de créer quelque chose uniquement parce que cela nous fait vibrer.
Par la possibilité de participer à une association, d’aider quelqu’un, d’apprendre, de transmettre ou simplement de ralentir.
Et aussi par notre capacité à nous regarder sans réduire notre valeur à notre productivité.
Notre valeur humaine ne devrait jamais dépendre du nombre de choses que nous réussissons à accomplir avant la fin de la journée.
Pour aller plus loin
Il existe quelque chose qui me touche particulièrement dans ce futur.
Pendant longtemps, certaines qualités profondément humaines ont parfois été considérées comme secondaires dans un monde centré sur la performance.
Prendre le temps d’écouter.
Percevoir les nuances.
Créer.
Faire preuve d’empathie.
Comprendre une émotion derrière des mots.
Sentir qu’une personne ne va pas bien alors qu’elle affirme le contraire.
Créer de la confiance.
Apaiser.
Relier les personnes.
Transmettre une expérience.
Donner du sens.
Toutes ces qualités ne se mesurent pas facilement dans un tableau.
Et pourtant, elles participent profondément à la qualité d’une famille, d’une équipe, d’une communauté et d’une société.
Alors peut-être que l’avenir ne demandera pas seulement aux personnes sensibles de devenir plus résistantes au monde.
Peut-être qu’il nous invitera aussi collectivement à reconnaître davantage la valeur de cette sensibilité.
Pour aller plus loin
C’est là que je veux rester nuancé.
L’intelligence artificielle ne créera pas automatiquement ce futur.
Une technologie qui nous fait gagner une heure peut nous permettre de passer cette heure avec nos enfants.
Elle peut aussi simplement nous permettre d’ajouter une heure de travail supplémentaire.
Elle peut dégager de l’espace.
Mais elle ne décidera pas de ce que nous considérons comme une vie réussie.
Cette décision restera profondément humaine.
Elle nous demandera probablement de réfléchir à notre rapport au travail, à la réussite, aux autres et à nous-mêmes.
Et peut-être aussi d’observer ce que nous avons progressivement cessé d’écouter en nous.
C’est justement dans cet esprit que j’ai conçu le sondage "Osez faire le premier pas vers une vie épanouie !" : comme un premier espace pour les personnes sensibles, émotionnellement fatiguées ou en manque d’estime de soi qui souhaitent faire rapidement le point sur ce qui les impacte aujourd’hui.
Pas pour obtenir une définition définitive de qui elles sont.
Mais pour commencer à se regarder avec davantage de clarté.

Pour comprendre ce qui t’empêche aujourd’hui d’avancer et recevoir un retour personnalisé.
Un futur où la technologie est puissante, mais où l’être humain ne cherche pas à lui ressembler.
Un futur où nous utilisons l’intelligence artificielle pour nous débarrasser de certaines tâches sans nous débarrasser de notre besoin de créer, de réfléchir et de contribuer.
Un futur où travailler reste une manière de participer au monde sans devenir l’unique mesure de notre valeur.
Un futur où avoir du temps pour ses enfants, ses ami·es, ses parents ou soi-même n’est pas considéré comme du temps perdu.
Un futur où les personnes sensibles n’ont pas constamment besoin de s’endurcir pour trouver leur place.
Un futur où nous pouvons être ambitieux·ses sans nous abandonner en chemin.
Un futur où le progrès technologique nous permet aussi de progresser dans notre manière de prendre soin de l’humain.
Je ne sais pas exactement à quoi ressemblera le monde avec l’intelligence artificielle.
Personne ne peut réellement le savoir.
Mais nous pouvons déjà réfléchir à ce que nous aimerions préserver pendant qu’il change.
Et peut-être même à ce que nous aimerions retrouver.
Si la technologie pouvait réellement te rendre une partie de ton temps, quelle place aimerais-tu enfin redonner à l’humain dans ta propre vie ?
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Piero Costa
Accompagnement en estime de soi
1020 Renens (VD)